Séparation et crédit immobilier quand on n'est pas mariés
Pas mariés, mais un crédit à deux : la séparation ne suit pas les règles du divorce. Indivision, solidarité bancaire, rachat de part — ce qui s'applique vraiment aux concubins et pacsés.
Acheter à deux sans être mariés est devenu banal ; se séparer avec un crédit en cours l'est tout autant. Or les règles ne sont pas celles du divorce : pas de régime matrimonial, pas de juge aux affaires familiales pour le patrimoine, pas de prestation compensatoire. Voici ce qui s'applique vraiment quand on est concubins ou pacsés.
La réponse en bref
Quand un couple non marié se sépare avec un crédit immobilier commun, le bien est en indivision : chacun en détient la part indiquée dans l'acte d'achat (à défaut de précision, moitié-moitié). Trois issues possibles : vendre et solder le prêt, l'un rachète la part de l'autre avec l'accord de la banque, ou rester temporairement en indivision. Et tant que la banque n'a pas prononcé la désolidarisation, les deux ex-partenaires restent solidairement tenus du remboursement — la séparation n'y change rien.
Ce qui change quand on n'est pas mariés
- Pas de partage de communauté : chacun est simplement propriétaire de sa quote-part indivise, celle écrite dans l'acte d'achat. C'est ce document qui fait foi, pas la répartition réelle des remboursements.
- Pas de prestation compensatoire : la loi n'organise aucune compensation de niveau de vie entre concubins. Pour les partenaires de PACS non plus.
- Pas de protection du logement équivalente à celle des époux : le concubin non propriétaire n'a pas de droit au maintien dans les lieux (hors bail à son nom et situations particulières).
- Le droit de partage diffère : 1,1 % pour les époux qui divorcent et les partenaires qui rompent un PACS ; 2,5 % pour les concubins qui sortent d'une indivision (impots.gouv.fr). Sur un actif net de 100 000 €, l'écart n'est pas anecdotique.
Le point commun avec le divorce : la solidarité du prêt
Sur le crédit, en revanche, votre situation est identique à celle d'un couple marié : vous êtes co-emprunteurs solidaires. Si l'un cesse de payer, la banque peut réclamer l'intégralité des mensualités à l'autre — peu importe qui occupe le logement, peu importe ce que vous avez convenu entre vous. Seule la désolidarisation, accordée par écrit par la banque, libère celui qui se retire. Le mécanisme est détaillé dans notre article sur le divorce avec un crédit immobilier en cours — il vaut à l'identique pour les non-mariés.
Les trois issues possibles
1. Vendre le bien
On vend, on solde le crédit, on partage le solde selon les quotités de l'acte. Si l'un a apporté davantage à l'achat ou remboursé plus que sa part, c'est le moment où ces déséquilibres se règlent — idéalement à l'amiable, sinon devant le juge (avec justificatifs à l'appui : virements, relevés).
2. Racheter la part de l'autre
Celui qui garde le bien verse à l'autre une soulte correspondant à sa part de la valeur nette (valeur du bien moins capital restant dû), et reprend le crédit à son seul nom — ce qui suppose l'accord de la banque sur sa capacité d'emprunt. Le passage chez le notaire est obligatoire (acte de licitation ou de partage). Pour la méthode de chiffrage, voir comment calculer une soulte : la formule est la même hors mariage.
3. Rester en indivision un temps
Possible, par exemple le temps que le marché s'améliore ou que les enfants finissent l'année scolaire. Fortement recommandé dans ce cas : une convention d'indivision écrite (qui occupe, qui paie quoi, pour combien de temps). Sans accord, tout indivisaire peut demander le partage : « nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision » (article 815 du Code civil).
Qui a droit à quoi : les pièges classiques
- « J'ai payé plus de mensualités, donc j'ai droit à plus. » Pas automatiquement : la propriété suit l'acte. Les surpaiements peuvent fonder une créance contre l'autre, mais il faut les prouver, et les tribunaux considèrent parfois qu'une partie relève de la contribution normale à la vie commune.
- « Je suis partie, je ne paie plus le crédit. » La banque peut tout de même tout vous réclamer, solidarité oblige.
- « On avait dit 50/50 à l'oral. » Seul l'écrit (acte d'achat, reconnaissances, virements tracés) pèse en cas de désaccord.
Poser les chiffres avant de discuter
Valeur du bien, capital restant dû, apports de chacun, mensualités payées par chacun : la discussion de séparation tourne toujours autour de ces quatre chiffres. Le tableau patrimoine du Kit Confidentiel permet de les poser noir sur blanc et de comparer les scénarios (vente, rachat, indivision) sur des montants réels — le kit s'adresse aussi aux couples non mariés, avec un parcours dédié selon votre situation. Pour une vue d'ensemble, notre guide maison et séparation compare les trois options en détail.
En résumé
Sans mariage, la séparation immobilière se joue sur deux terrains : l'indivision (la propriété suit l'acte d'achat) et la solidarité bancaire (qui ne cesse qu'avec la désolidarisation). Vendre, racheter la part de l'autre ou organiser une indivision temporaire : chaque option se chiffre. Et comme les protections légales des époux ne s'appliquent pas, l'écrit et les justificatifs comptent double — pour votre situation précise, un notaire ou un avocat reste le bon interlocuteur.
Cet article est une ressource pédagogique générale. Il ne constitue pas un conseil juridique personnalisé et ne remplace pas l'avis d'un avocat, d'un notaire ou d'un médiateur, qui seuls peuvent analyser votre situation précise.
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